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Il y a eu trois miracles pour Audi, ce week-end aux 24 Heures du Mans: Allan McNish et Mike Rockenfeller sont d'abord sortis indemnes de deux accidents effrayants, puis l'Audi R18 TDI N.2, seule rescapée, a remporté la 10e victoire d'Audi au Mans depuis 2000.
"Toute l'équipe a fait un travail extraordinaire, même si vous avez peut-être l'impression que j'ai fait un super boulot", a dit Benoît Tréluyer, 34 ans, la révélation de la semaine, juste après le passage de son coéquipier allemand, André Lotterer, 29 ans, sous le drapeau à damier.
"Le team, les ingénieurs, une stratégie parfaite, une voiture excellente, des pneus incroyables qui peuvent faire cinq relais, merci à tout le monde", a ajouté le pilote natif d'Alençon, à 50 km du Mans, puis expatrié au Japon.
Tréluyer venait aux 24 Heures quand il était tout petit, puis il a fait ses classes en Formule Campus. Il a aussi failli mourir au Mans, comme McNish et Rockenfeller, quand sa 908 de chez Pescarolo est retombée contre le rail de sécurité, en juin 2009, pendant la grande nuit des 24 Heures.
Les deux Japonais d'adoption, Tréluyer et Lotterer, ont été bien aidés dans cette course par Marcel Fassler, 35 ans, et à jamais le premier Suisse à remporter les 24 Heures du Mans. Ils cumulaient 13 participations à eux trois, avant cette édition 2011, et devaient repartir lundi avec leur première victoire au terme d'un final à suspense.
Le trio de baroudeurs a terminé avec 13 secondes d'avance sur la meilleure Peugeot 908, la N.9 de Sébastien Bourdais, le Manceau, et de Simon Pagenaud, le Poitevin, qui les a donc menacés jusqu'au bout. Et plusieurs tours d'avance sur les trois autres 908 engagées, classées de la 3e à la 5e place.
Triplé inédit
Pedro Lamy, le troisième homme de la N.9, était à l'origine de l'aventure 908, en 2007. Il a été prié samedi soir, après son premier relais, de ne plus monter dans la voiture. "C'était ma dernière course pour Peugeot", a-t-il dit à l'AFP dimanche soir, sans autre commentaire, après cette 2e place au goût amer.
L'esprit d'équipe, c'est justement ce qui a permis à Audi de remporter dimanche sa 10e victoire au Mans depuis l'an 2000. Après les accidents de samedi et autour du Dr Wolfgang Ullrich, le patron que tous les pilotes du monde rêvent d'avoir un jour, toute l'équipe Audi Sport s'est soudée comme jamais, est restée très calme, et a parfaitement géré la voiture rescapée.
Au volant, les pilotes de la N.2 ont compensé par leur talent, leur constance, le nombre de tours bouclés en moins de 3 min 30, le fait que les Peugeot consommaient moins de gazole et se sont arrêtées trois fois de moins dans leur stand pour ravitailler. Et à l'arrière du stand, les têtes pensantes des trois voitures ont parfaitement géré, pour la N.2, les neutralisations de la course.
Pole position, meilleur tour en course, victoire, l'équipage de l'Audi N.2 a aussi réussi un triplé encore inédit dans l'histoire de l'épreuve inventée en 1923 par des Sarthois aussi fous qu'eux. En cinq duels entre Peugeot et Audi depuis 2007 au Mans, c'est aussi la quatrième victoire Audi, contre une seule pour Peugeot, en 2009.
Les fans du sport auto à la française se consoleront avec la victoire de Tréluyer, qui a fait une course plus que parfaite, et la présence de cinq autres pilotes "made in France", les Peugeot Boys, sur le podium de cette 79e édition intense et belle, comme souvent dans la Sarthe. Et il y a quand même eu une victoire française dimanche: la 20e de Michelin, dont 14 consécutives depuis 1998. Grâce à Audi.
Un dernier quart d'heure à couper le souffle
L'équipe Audi a laissé exploser une joie rare dimanche à l'issue de la victoire de sa R18 TDI N.2 aux 24 Heures du Mans, après une course phénoménale et un dernier quart d'heure follement stressant dans le stand allemand.
Il reste 18 minutes et tout reste à faire. L'Audi N.2 est certes en tête, mais elle ne possède que 12 secondes d'avance sur la Peugeot 908 N.9 après 24 heures d'épreuves en tous genres.
Debouts, en rangs serrés, les visages fermés et dans un silence impressionnant, l'écurie Audi au grand complet -le Dr Wolfgang Ullrich en tête- fait face aux écrans de contrôle et aux médias du monde entier, venus palper les émotions d'une équipe passée "de la cave à la montagne", comme le dira plus tard le patron d'Audi Sport.
Sur la droite du groupe, Tom Kristensen, recordman du nombre de victoires au Mans (8), s'appuie sur les épaules de Dindo Capello et s'amuse à prendre en photo... le mur de photographes qui barre l'entrée du stand Audi.
Tous deux, équipiers sur la N.3, n'auront pas piloté la moindre seconde durant ce week-end de folie. La "faute" à Allan McNish, le 3e pilote, le miraculé de la première heure de course, qui a pulvérisé la voiture dans un dépassement osé. Lui aussi est là, mais plus en retrait.
Bière et champagne
Ullrich est au bord des larmes. Des sourires se dessinent tout de même lorsque les chronos envoient des signaux positifs, à dix minutes du drapeau à damier. Les tribunes, elles, sont étonnamment calmes, dans l'attente d'un résultat final impossible à prédire.
La pression est terrible et les lèvres sont sèches: Ullrich sort son baume alors que la Peugeot vient de reprendre deux secondes. Il reste cinq minutes et un membre du team tente une percée au milieu des caméras, avec un drapeau géant de la marque allemande. Il ne passera pas et personne ne l'aidera. Tout le monde est scotché aux écrans.
Ullrich donne un dernier conseil, par radio, à son dernier pilote, André Lotterer: "One more lap, one more lap" (un tour de plus), peut-on lire sur ses lèvres, auxquelles tout le monde est suspendu.
C'est pourtant de ses bras que la libération viendra. Les coudes en avant, les poings serrés et le visage béat: ça y est, la victoire est officielle.
Dès lors, c'est une cohue indescriptible. Ca hurle, ça chante et ça danse. Même Ullrich saute comme un jeune premier, en rond, bras dessus, bras dessous.
Les bières, des Hofmühl Hell de beau gabarit, sont décapsulées à même le stand, bientôt suivies de champagne.
Quelques instants plus tard, la haie d'honneur du personnel à la N.2, qui rejoint le podium, rappelle celle que les spectateurs enivrés des 24 Heures font subir le soir aux automobilistes aventureux, aux abords du circuit.
Attention tout de même, Audi reste Audi. Bien vite, les pistolets pneumatiques encore branchés sont démontés, pour que personne ne se blesse. La fête va battre son plein, en toute sécurité.



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« Pastore vaut 12 millions, pas plus »
Vahid Halilhodzic