Nicolas Lapierre, pilote chez Toyota, s’est confié avant le début des 24 Heures du Mans, ce samedi. Le pilote veut offrir à Toyota son premier titre et marqué l’histoire de l’endurance mondiale.

Comment abordez-vous cette 85e édition dans la catégorie reine?
Pour moi, être de retour en LMP1 avec Toyota, c’est une bonne opportunité, surtout que la voiture marche bien. Les 24 Heures du Mans, cela reste l’objectif principal de tout pilote d’endurance. Ces voitures sont super complexes, bien plus que les LMP2, avec tous les systèmes hybrides de récupération d’énergie et d’aides à l’accélération. Chaque virage a ses spécificités et il faut gérer le trafic.

Comment faites-vous pour garder votre influx nerveux sur une course aussi longue?
Ce n’est pas facile de déconnecter. Cela dépend de la façon dont la course évolue. Si on est en bonne position pour faire un résultat, c’est vraiment difficile de déconnecter complètement. Surtout qu’il y a le bruit du speaker qui nous fait sursauter à chaque fois qu’il monte la voix. On doit s’isoler au maximum, et se mettre au frais pour cette course durant laquelle le temps s’annonce très chaud.

Justement, comment résister au contexte particulier créé par la chaleur?
L’entourage, avec le docteur, nous aide beaucoup. L’hydratation va être très importante. On a un médecin du sport qui suit cet aspect spécifiquement. A chaque fois qu’on monte dans la voiture, on est pesé et pareil quand on en sort. Avec ces températures élevées, cela va être une course difficile sans climatisation dans la voiture. On perd deux kilos par relais et pendant qu’on roule on boit un litre. On perd donc un litre par heure qu’il faut compenser ensuite. Au niveau de l’alimentation, on privilégie les sucres lents comme les pâtes et le riz. On a aussi des gels énergétiques qu’on prend la nuit pour se donner un coup de boost.

Est-ce que vous réussissez un peu à vous reposer entre vos relais?
Moi, je n’arrive pas à dormir. Je m’allonge avec de la musique dans une pièce, lumière éteinte, et j’essaie de couper un peu pendant quelques heures. Quand on reste dans l’environnement du paddock, on est toujours stressé, on a envie de regarder les données sur les écrans, on parle avec les ingénieurs, et on a du mal à couper alors qu’il le faut, sinon il y a trop d’énergie qui se disperse. C’est difficile de rester concentré pendant 24 heures, voire plus vu qu’on a le warm-up à neuf heures le samedi matin.

Quels enseignements tirer des essais qualificatifs?
On a pu voir que Porsche a accéléré par rapport à la journée test. De notre côté, on est pas mal sur la dégradation des pneus. Et l’écart se resserre entre eux et nous quand les températures sont élevées, mais nous n’en sommes encore qu’au stade des suppositions sur les vraies conséquences en course. C’est un grand point d’interrogation. La clim’, ils en parlent mais qui nous dit qu’ils l’ont vraiment? Nous sommes entraînés pour tenir quatre heures sans, mais le problème c’est le réglement, qui exige que la température intérieure ne dépasse pas de plus de sept celle à l’extérieur, sous peine de devoir s’arrêter plus souvent, toutes les 80 minutes. Cela serait catastrophique pour nous car il faudrait changer de pilotes trop souvent.

Existe-t-il un surcroit de pression en se disant qu’on peut être le premier à offrir la victoire à Toyota?
Je crois qu’il y a une pression globale sur l’équipe, c’est clair parce qu’ils sont passés à côté non seulement l’an dernier, mais aussi plusieurs fois avant. Il y a comme un sort qui a été jeté envers Toyota sur cette course des 24 Heures. Il va falloir aller au-delà de ça. De toute façon, quand un constructeur comme Toyota s’engage au Mans, la pression est toujours présente. On sait que l’objectif est clair, il faut gagner. Ils ont au moins prouvé en 2016 qu’ils pouvaient mener la course. Il reste juste à concrétiser.

AFP / Septime MEUNIER