Jerome Young n'est pas une star du monde du sport. Pourtant son cas dérange. Il illustre les difficultés à mener une lutte efficace contre le dopage. Malgré des appels du pied du Comité international olympique (CIO) pour rouvrir son dossier, Young ne risque pas grand chose.
Le CIO est aujourd'hui impuissant dans l'affaire Young tant que la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF) ne relance le dossier. "D'un point de vue légal, aucune action ne peut être engagée par le CIO", tant que l'IAAF ne rouvre pas le dossier, a annoncé François Carrard, directeur général du CIO. Mais, "Nous estimons que des mesures doivent être prises, a-t-il ajouté. L'IAAF devrait user de son autorité."
La menace des poursuites judiciaires
Jérome Young, champion du monde du 400 m aux récents Mondiaux 2003 à Paris/Saint-Denis, a participé en septembre 2000 au relais 4x400 m américain, victorieux aux Jeux de Sydney, en dépit d'un contrôle antidopage positif (nandrolone, stéroïde anabolisant) subi un an auparavant. L'athlète américain avait fait appel à l'issue de ce contrôle et, par crainte de poursuites judiciaires, la Fédération américaine d'athlétisme (USATF) s'était abstenue de le suspendre et même de rendre son cas public. Après les Jeux, Young avait obtenu gain de cause en appel et cette procédure avait été validée par le Tribunal arbitral du sport (TAS). L'IAAF et le Comité olympique des Etats-Unis (USOC) avaient, tous deux, exclu de rouvrir le dossier. La première a notamment indiqué qu'elle ne pourrait sanctionner l'athlète que s'il reconnaissait publiquement qu'il s'était dopé. Or Young persiste à nier toute culpabilité. L'IAAF a avancé également qu'elle ne pouvait que se plier à la décision du TAS. M. Carrard a répliqué que cette décision avait été basée sur le fait que l'identité du coureur était inconnue au moment du jugement. Young identifié, par les révélations du Los Angeles Times, le TAS pourrait revenir sur sa décision, a suggéré Carrard.
L'USATF ne veut rien entendre
L'USOC, qui avait jusqu'alors refusé de révéler le nom de l'athlète, a envoyé au Comité exécutif du CIO une lettre confirmant qu'il s'agissait de Young. Mais l'USATF n'a fait aucun commentaire allant même jusqu'à refuser de confirmer que Young était bien l'athlète incriminé… On tourne en rond. Un membre de l'USOC a d'ailleurs rappelé que la dernière fois qu'ils avaient demandé des informations à l'USATF, en 2002, cette dernière avait refusé de les lui communiquer. La Fédération américaine d'athlétisme se borne à la décision du TAS. "L'USATF s'en tient à la décision du TAS et de nos règles en vigueur à l'époque", a déclaré Jill Geer, porte-parole de la Fédération, ajoutant que "l'USATF ne confirmerait pas que Jerome Young est l'athlète concerné" contrairement à ce qu'a fait le Comité olympique américain. Sur la sellette, l'USOC essaye de faire amende honorable. En plus de Young, le président intérimaire de l'USOC, Bill Martin, a confirmé l'identité de vingt trois autres athlètes américains contrôlés positifs, mais blanchis, au cours des deux dernières décennies et qui ont gagné des médailles olympiques : Carl Lewis, le footballeur Alexi Lalas, le lutteur Joe DeLoach ou la tenniswoman Marie Joe Fernandez.



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